Crisba revient sur « Numéro Uno » et clarifie ses rapports avec Vano Baby
Crisba revient sur « Numéro Uno »
Plus d’un an après l’un des épisodes de clash les plus marquants du rap béninois, Crisba revient sur la genèse de « Numéro Uno » et sur les nombreuses interprétations qui ont accompagné la sortie du morceau.
Invité dans l’émission Cotonou Boy Show, au micro de Nasty Nesta, le rappeur béninois a expliqué que son objectif n’était pas de s’en prendre à un artiste en particulier, mais plutôt de provoquer une émulation au sein de sa génération.
Sorti en février 2025, « Numéro Uno » avait pourtant rapidement été perçu comme un morceau adressé à plusieurs rappeurs du pays, avec Vano Baby particulièrement cité parmi les artistes susceptibles de se reconnaître dans certaines punchlines. Le morceau avait alors contribué à déclencher une véritable séquence de clashs dans le rap béninois.
« Il doit y avoir un truc au Bénin où notre génération se tape dessus »
Pour Crisba, l’idée derrière « Numéro Uno » était avant tout de créer une forme de compétition interne destinée à faire progresser le rap béninois.
Le rappeur explique avoir imaginé un contexte dans lequel les artistes de sa génération pourraient se mesurer les uns aux autres, notamment face aux comparaisons avec les rappeurs d’autres pays africains.
« J’ai projeté la réalité selon laquelle il doit y avoir un truc au Bénin où notre génération, on se tape dessus pour prouver qu’on est fort », explique-t-il.
L’objectif était donc de provoquer les autres rappeurs à travers les punchlines, mais sans désigner une cible précise.
« Je te jure la main sur le cœur, ce n’était jamais destiné envers une seule personne », insiste-t-il au sujet de « Numéro Uno ».
Cette précision apporte un nouvel éclairage sur un morceau dont certaines lignes très offensives avaient naturellement alimenté les spéculations.
« Numéro Uno », le morceau qui a embrasé le rap béninois
Sur « Numéro Uno », Crisba adopte effectivement une posture d’egotrip particulièrement assumée. Il se présente comme un rappeur sans véritable rival et multiplie les formules destinées à mettre ses concurrents sous pression.
Le morceau revendique même une domination symbolique sur le rap béninois, avec des références à différentes générations et à plusieurs régions du pays.
Cette approche avait rapidement produit l’effet recherché : les réactions se sont multipliées et plusieurs artistes sont entrés dans la danse.
À l’époque, la scène rap béninoise avait connu une succession inhabituelle de diss tracks impliquant notamment Crisba, Vano Baby, Axel Merryl, Bobo Wê, Fat B, Yewhe Yéton et d’autres artistes. La presse locale avait alors décrit cette période comme une véritable vague de clashs dans le rap béninois.
Vano Baby répond avec « Rappeur Apoutchou »
Parmi les réponses les plus attendues figurait celle de Vano Baby.
Le rappeur a finalement répondu à Crisba avec « Rappeur Apoutchou », un titre dont le nom fait directement référence au surnom « Apoutchou », associé à Crisba en raison de sa corpulence.
Dans cette réponse, Vano Baby reprend donc l’un des éléments devenus emblématiques de l’image de Crisba pour construire sa propre réplique.
Le morceau participe à son tour à l’intensification de l’affrontement verbal et contribue à installer les deux artistes comme les principaux protagonistes d’une rivalité que le public avait rapidement transformée en véritable duel.
Une séquence qui a changé la perception du public
Au-delà des morceaux eux-mêmes, cette période a eu un impact sur la perception de Crisba.
La qualité de ses punchlines et sa capacité à répondre aux attaques ont progressivement amené une partie du public à le considérer comme l’un des rappeurs les plus redoutables du pays sur le plan lyrical.
Le débat autour du « meilleur rappeur béninois » s’est notamment renforcé après cette séquence. Une comparaison avec Vano Baby, beaucoup plus installé en termes de notoriété et d’exposition, s’est alors imposée dans les discussions des amateurs de rap.
Il serait cependant difficile de transformer cette perception en classement objectif. Ce qui est indéniable, c’est que « Numéro Uno » a permis à Crisba de renforcer considérablement son image de rappeur capable de rivaliser sur le terrain des punchlines.
Crisba refuse l’idée d’une guerre personnelle
Avec le recul, Crisba tient toutefois à distinguer compétition artistique et conflit personnel.
« Contrairement à ce que les gens pensent, moi je prends tous les rappeurs de ma génération au sérieux. Parce que je me dis qu’ils sont tous forts », affirme-t-il.
Le rappeur explique ne pas être animé par un esprit de division et rappelle qu’il n’a jamais, selon lui, directement appelé un artiste par son nom pour provoquer un clash.
Il cite notamment sa participation au mouvement Adjapiano comme un exemple de sa volonté de travailler collectivement avec les artistes de sa génération.
« Moi j’ai toujours été dans “faisons un truc ensemble” pour aller concurrencer les autres au dehors », résume-t-il.
Pour Crisba, la compétition peut donc exister à l’intérieur d’une scène musicale sans nécessairement empêcher les artistes de se retrouver autour de projets communs.
« Ça fait partie de mon histoire »
Interrogé directement par Nasty Nesta sur ses rapports avec Vano Baby, Crisba adopte un discours particulièrement nuancé.
Il affirme qu’ils n’ont jamais réellement entretenu de relation personnelle, tout en reconnaissant l’importance de Vano Baby dans sa génération.
« C’est bien d’avoir quelqu’un comme ça comme challenger », estime-t-il.
Le rappeur reconnaît notamment à Vano Baby une carrière particulièrement accomplie parmi les artistes de leur génération au Bénin, en évoquant son exposition, ses statistiques et ses nombreuses collaborations.
Le fait que Vano Baby ait répondu à « Numéro Uno » et que l’échange ait contribué à faire parler du rap béninois est même considéré par Crisba comme quelque chose de positif pour son propre parcours.
« Ça fait partie de mon histoire », explique-t-il.
Pas d’amitié, mais pas de haine non plus
Crisba ne cherche toutefois pas à présenter sa relation avec Vano Baby comme une amitié.
« On n’a jamais eu de rapport. Je ne pense pas qu’on ait de rapport », reconnaît-il.
Il refuse également de transformer cette absence de proximité en véritable haine ou en obsession personnelle.
Le rappeur explique avoir suffisamment de choses à gérer dans sa propre vie pour consacrer son énergie à l’évolution ou à l’échec d’un autre artiste.
Sa philosophie repose plutôt sur l’acceptation de la compétition comme une composante normale de la vie.
« Si tu peux avoir des amis c’est que tu peux avoir des ennemis ; si tu peux avoir des coéquipiers c’est que tu peux avoir des adversaires », résume-t-il.
Du clash à l’émulation
Avec ce témoignage, Crisba propose finalement une lecture différente de l’épisode « Numéro Uno ».
Là où une partie du public avait vu une attaque directe contre Vano Baby et une volonté de s’imposer comme le numéro un du rap béninois, l’artiste présente aujourd’hui le morceau comme une invitation à la compétition.
Son ambition était de créer suffisamment de tension artistique pour pousser les rappeurs béninois à se dépasser, tout en conservant la capacité de travailler ensemble lorsque l’intérêt du rap béninois est en jeu.
Un an après, la séquence reste en tout cas l’un des épisodes les plus commentés de la scène rap béninoise récente. Et même si les débats autour du meilleur rappeur du pays restent largement subjectifs, « Numéro Uno » a incontestablement renforcé la place de Crisba dans cette conversation.
